Un homme s’adresse à un groupe de personnes dans une salle de classe.

Grantee Stories

Mobilisation communautaire et accompagnement des survivantes pour mettre fin aux mariages d’enfants au Mali et au Togo 

Partenaire bénéficiaire : Women in Law and Development in Africa/Femmes, Droit et Développement en Afrique – AFRIQUE DE L’OUEST

Subvention: Réseau

Priorités: Violence, Jeunesse

Pays: Togo

Au Mali, 49 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans, tandis qu’au Togo, 25 % des jeunes filles entrent en union avant leur majorité. 

Pour les filles concernées, le mariage des enfants peut interrompre leur scolarité, limiter leurs futures opportunités économiques et accroître leur exposition aux violences basées sur le genre, aux grossesses précoces et aux complications liées à la santé sexuelle et reproductive. 

WiLDAF-AO (Femmes, Droit et Développement en Afrique – Afrique de l’Ouest) travaille à répondre à ces défis étroitement liés. Faisant partie d’un vaste réseau panafricain, WiLDAF-AO œuvre à la promotion des droits des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest et est présent dans 11 pays. 

À travers son projet Agir pour l’Abandon des Mariages des Enfants (AAME), mis en œuvre de 2023 à 2025, WiLDAF-AO a travaillé avec des organisations de la société civile, des jeunes, des groupes de jeunes filles, des leaders communautaires, des survivantes et d’autres acteur∙rices au Mali et au Togo afin de prévenir les mariages d’enfants et de renforcer les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) des adolescentes. 

Plutôt que d’aborder la question des mariages d’enfants de manière isolée, le projet a combiné la production de données probantes, la mobilisation communautaire, le plaidoyer et l’accompagnement direct des survivantes, tout en contribuant au renforcement du mouvement en faveur des droits des femmes et des filles. 

Un groupe de 14 personnes se tenait debout, brandissant une banderole présentant les détails d’un atelier destiné aux cyberactivistes sur les droits sexuels et reproductifs et le mariage des enfants. Tout cela s’inscrit dans le cadre du projet AAME.

Construire la réponse à partir de données probantes et des communautés 

Le projet a commencé par renforcer les données disponibles sur les mariages d’enfants et les DSSR des filles. 

Deux études de référence ont été réalisées, une au Mali et une au Togo, afin d’examiner les mariages d’enfants, les violences qui y sont associées et les obstacles auxquels les filles sont confrontées dans l’exercice de leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive. 

Ces études ont notamment mis en lumière le rôle que certaines coutumes peuvent jouer dans le maintien des mariages d’enfants. Leurs résultats ont permis à WiLDAF-AO et à ses partenaires de mieux identifier les priorités d’intervention et ont constitué une base pour soutenir les actions de plaidoyer auprès des autorités, des leaders communautaires et d’autres parties prenantes aux niveaux communautaire, national et régional. 

Mais les données probantes ne suffisaient pas à elles seules. WiLDAF-AO souhaitait que les communautés elles-mêmes soient pleinement impliquées dans les efforts de prévention des mariages d’enfants. 

La création d’un mouvement fort et inclusif faisait partie intégrante du projet AAME. Des organisations de la société civile, des réseaux de jeunes, des groupes de jeunes filles, des organisations représentant les personnes en situation de handicap et les personnes migrantes, des leaders communautaires et des survivantes ont été réunis au sein du mouvement « EnfantspasEpouses », en faveur des droits des femmes et des filles. 

Les organisations partenaires, les jeunes, les leaders communautaires et les survivantes ont été formés sur les thématiques du projet avant de mener des activités de sensibilisation au sein de leurs communautés. Au fil du projet, le mouvement s’est élargi, avec l’arrivée d’autres organisations de jeunes et de leaders communautaires qui n’avaient pas participé aux formations initiales. 

Le projet a associé les actions communautaires de proximité à des campagnes numériques. De jeunes cyberactivistes et influenceurs ont contribué à diffuser en ligne des informations sur les mariages d’enfants et les DSSR, permettant de toucher un public plus jeune et de susciter des échanges autour de sujets souvent considérés comme tabous. 

Les leaders traditionnels et religieux ont également été directement impliqués dans ce travail. Au Mali et au Togo, 211 chefs traditionnels et religieux ont participé à des actions de sensibilisation, de prévention et de plaidoyer contre les mariages d’enfants.

Un chef religieux, tenant un bâton, se tenait debout devant un grand groupe d’hommes, tous assis sur des tapis. On aperçoit des femmes plus loin à l’arrière-plan.

De la sensibilisation à l’évolution des connaissances et des échanges 

À travers ses activités d’engagement communautaire, le projet AAME a sensibilisé 19 784 personnes sur une période de 30 mois aux DSSR, aux mariages d’enfants et aux violences basées sur le genre. 

Parmi les personnes sensibilisées figuraient 6 377 filles, 4 263 garçons, 6 172 femmes et 2 972 hommes. Le projet a également touché 2 226 personnes vivant avec un handicap, reflétant les efforts déployés pour inclure les groupes susceptibles de rencontrer des obstacles supplémentaires dans l’accès à l’information et aux services. 

En complément de ce travail communautaire, les campagnes de plaidoyer numérique menées dans le cadre du projet ont touché plus de 1 023 983 personnes, dont 300 000 au Mali et 723 983 au Togo.  

À la suite des formations de renforcement de capacités et des activités de sensibilisation, 78 % des membres des communautés impliqués au Mali et 64 % au Togo avaient renforcé leurs connaissances. Les sujets abordés comprenaient notamment les droits humains, les droits des femmes, la santé de la reproduction ainsi que les droits et la santé sexuels et reproductifs. 

Les études de référence avaient mis en évidence un faible niveau de connaissance des DSSR au sein des populations concernées. L’évaluation finale du projet AAME menée en 2025 a par ailleurs montré que 70 % des personnes enquêtées constataient une réduction des mariages d’enfants.  

Au-delà de ces résultats, WiLDAF-AO a observé des changements dans la manière dont ces questions étaient abordées au sein des communautés. Les parents et les enfants ont commencé à avoir des échanges plus réguliers autour de la sexualité, des DSSR et de la prévention des mariages d’enfants, contribuant à une plus grande ouverture autour de sujets jusque-là souvent difficiles à aborder. 

La mobilisation communautaire s’est accompagnée d’un travail de plaidoyer auprès des décideurs. Au Mali, grâce aux actions menées dans le cadre du projet, la problématique des mariages d’enfants a été intégrée aux discussions conduites par le ministère chargé de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille dans le cadre de réflexions plus larges sur les droits des femmes et des enfants. 

Parallèlement à ce travail plus large de prévention et de plaidoyer, le projet a assuré la prise en charge de 10 cas de mariages d’enfants, en apportant aux survivantes un accompagnement juridique, social et communautaire. 

Pour une adolescente de 15 ans au Mali, cet accompagnement lui a permis de sortir d’un mariage forcé et de reprendre sa scolarité. Avec l’assistance juridique et psychosociale de WiLDAF-Mali et des fonds mis à sa disposition par l’UNFPA, cette fille a pu fuir le domicile conjugal, reprendre ses études, et obtenir son Diplôme d’Études Fondamentales (BEPC), qui marque la fin du premier cycle de l’enseignement secondaire. 

Un très grand groupe d’hommes et de garçons était assis sur des tapis à l’extérieur, pendant qu’un chef religieux animait une séance. Des femmes se trouvaient à l’arrière-plan et un homme se tenait debout au premier plan.

Poursuivre le travail dans un contexte difficile

L’instabilité politique au Mali et au Togo a ralenti certaines actions de plaidoyer et réduit les possibilités de dialogue avec les autorités publiques. L’insécurité dans la région de Kayes au Mali et à Takpamba au Togo a également rendu certaines activités communautaires plus difficiles à planifier et à mettre en œuvre. 

Au Mali, la crise énergétique, particulièrement marquée depuis la fin de l’année 2024, a perturbé la diffusion régulière des émissions radiophoniques, réduisant temporairement la portée de certaines actions de sensibilisation. 

Face à ces défis, les partenaires du projet ont adapté leurs approches afin de maintenir la continuité des activités. 

Cette expérience a également créé de nouvelles possibilités pour poursuivre le travail engagé. Selon WiLDAF-Mali, le projet a renforcé son expertise et sa crédibilité, contribuant notamment à l’obtention d’un nouveau partenariat avec MSI Reproductive Choices ainsi qu’avec d’autres organisations travaillant dans le domaine des DSSR. 

WiLDAF-AO souhaite désormais s’appuyer sur les enseignements tirés du projet AAME pour renforcer le plaidoyer en faveur des DSSR des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest, tout en continuant à promouvoir des réponses plus complètes aux besoins des survivantes de mariages d’enfants. 

L’accès à la justice ne constitue qu’une partie de cette réponse. Les survivantes peuvent également avoir besoin d’un accompagnement psychosocial, éducatif et économique, ainsi que de mesures favorisant leur réinsertion sociale et leur autonomisation. 

En associant prévention et plaidoyer à un accompagnement répondant aux besoins plus larges des survivantes, WiLDAF-AO œuvre en faveur d’un avenir dans lequel davantage de filles pourront exercer pleinement leurs droits et faire leurs propres choix concernant leur vie. 

Témoignages de Bénéficiaires

Students sit at desks in a white classroom. The teacher stands at the front of the room, wearing a turquoise outfit.

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