À Juba, au Soudan du Sud, des années de crises humanitaires dues aux conflits et à l’insécurité croissante liée au changement climatique ont réduit l’accès aux droits et à la santé sexuels et reproductifs (DSSR). Outre un système profondément patriarcal et la violence sexuelle et basée sur le genre (VSBG) généralisée, un obstacle majeur aux DSSR est le tabou culturel et la stigmatisation qui empêchent toute discussion ouverte, privant ainsi les femmes et les filles d’informations et de services essentiels.
Pour combler cette lacune, Jamnel Care Organization (JCO) a mené une évaluation des besoins critiques dans les payams1 de Rejaf, Lirya et Munuki, qui représentent une population de 15 000 personnes. L’évaluation a mis en évidence que de nombreuses communautés souffrent d’un manque de connaissances et d’informations en matière de DSSR. En conséquence, la JCO a mis en œuvre son projet financé par AmplifyChange, Promouvoir un environnement sûr et réactif en matière de DSSR pour les filles et les femmes à Juba, au Soudan du Sud. Le projet a abordé les défis systémiques liés aux DSSR en autonomisant les femmes et les filles grâce à la connaissance de leurs droits, en créant des plateformes de sensibilisation, en sensibilisant le public par le biais des médias et en engageant les décideur.euses politiques à adopter une position de tolérance zéro envers les VSBG.

Briser les préjugés liés aux DSSR
JCO a adopté une approche intégrée dans le cadre de son projet, axée sur la diffusion d’informations complètes sur les DSSR auprès des communautés et sur la mise en place de réseaux de ressources locaux :
Fondement basée sur les données : JCO a mené une enquête de référence auprès de 100 personnes interrogées dans trois payams afin de s’assurer que les interventions étaient adaptées au contexte spécifique du Soudan du Sud et d’identifier les lacunes en matière de plaidoyer. Le projet a documenté les violations des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles dans la communauté afin d’alimenter les initiatives de plaidoyer.
Autonomisation juridique et communautaire : 213 femmes et filles ont été formées en tant que parajuristes communautaires et expertes en matière de DSSR afin de créer une ressource durable et de première ligne pour la défense des droits et des connaissances au sein des communautés. Le défi à plus long terme de la durabilité et du soutien continu au réseau de parajuristes au-delà du projet fait l’objet d’une réflexion permanente. Parallèlement, le projet a mis en place six espaces sûrs dans les payams, offrant des centres fiables et durables pour le soutien, l’apprentissage et l’organisation collective au-delà de la durée du projet.
Communication stratégique : JCO s’est associé à des stations de radio, des journaux et des réseaux sociaux pour produire des programmes et publier des articles visant à changer le discours public et à réduire la stigmatisation. Grâce à six émissions de radio, des programmes hebdomadaires et 16 articles publiés, JCO a touché plus de 4 600 personnes, élargissant considérablement l’accès à des informations précises et exemptes de stigmatisation sur les DSSR.
Renforcement des systèmes et plaidoyer : Grâce à une collaboration active avec des réseaux, des ministères (Genre et Santé) et des ONG telles que RIWA (Rise Initiative for Women Advocacy) et BPI (Banat Power Initiative), les objectifs du projet ont été intégrés dans des systèmes plus larges afin de promouvoir des politiques de protection. L’initiative a permis de mener un plaidoyer de haut niveau en faveur d’une politique de tolérance zéro envers les VSBG au niveau de l’État, qui a désormais fait l’objet de discussions parlementaires. Malgré un environnement politique complexe, JCO s’efforce de traduire les violations des droits documentées et le plaidoyer communautaire en changements juridiques et politiques concrets.
Renforcement organisationnel : Outre son travail axé sur la communauté, JCO a renforcé ses propres capacités en tant que jeune entité tout en répondant directement aux besoins des populations vulnérables en matière de DSSR. L’organisation a renforcé ses systèmes de gestion de projets, de gestion financière et de suivi et d’évaluation grâce à la subvention AmplifyChange. En outre, JCO a établi de solides partenariats institutionnels et a obtenu la reconnaissance des principaux ministères gouvernementaux, ce qui a accru sa crédibilité, ses capacités et son influence.

Transformer les normes
Caroline est une étudiante de 18 ans originaire de Munuki qui a participé à la formation de parajuriste des DSSR, organisée dans le cadre du projet. Son expérience est l’une parmi tant d’autres :
La plupart d’entre nous avons grandi dans des foyers où les parents ne parlent pas à leurs filles… de leur santé sexuelle. C’est tabou à cause de nos mythes traditionnels.
La formation l’a transformée d’une simple destinataire d’informations en une éducatrice communautaire. Le parcours de Caroline, qui est passée du statut d’étudiante à celui d’enseignante, illustre parfaitement l’effet multiplicateur du projet, dans le cadre duquel des individus autonomisés deviennent des agents du changement au sein de leurs propres réseaux.
J’ai pu mieux me connaître et je vais pouvoir aider d’autres jeunes filles… Je vais pouvoir leur transmettre les connaissances que j’ai acquises.
Caroline

Le projet a déclenché un changement dans toute la communauté, incitant les pères à repenser les traditions et les dirigeant.es à veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. John a participé à des dialogues communautaires qui ont encouragé les hommes de la communauté à devenir des agents du changement. Sa participation au projet a changé sa façon de voir le mariage des enfants, déclarant :
Ne précipitez pas une fille dans le mariage. Laissez-la d’abord grandir et étudier, l’éducation apporte plus de valeur que la dot.
Pour surmonter la stigmatisation et les tabous, JCO s’est assuré de mettre en place des stratégies de communication adaptées à la culture locale afin de répondre aux besoins des communautés. En s’engageant auprès des communautés et en se concentrant sur leurs besoins tout au long du projet, des progrès durables ont pu être réalisés afin d’assurer la pérennité des améliorations en matière de DSSR.
Vers l’avenir
L’impact initial de JCO est clair. L’organisation cherche à pérenniser les acquis obtenus grâce à ce projet de deux ans en :
- Obtenir un financement supplémentaire pour former des jeunes et des femmes leaders en tant qu’ambassadrices des DSSR et étendre le modèle parajuridique et les interventions DSSR à d’autres États du Soudan du Sud ;
- Plaider en faveur de la validation officielle et de la mise en œuvre de la politique de tolérance zéro des VSBG ;
- Créer davantage d’espaces sûrs permanents proposant des contenus adaptés à l’âge, y compris pour les adolescentes (10-19 ans) ; et
- Poursuivre les campagnes de sensibilisation de masse à l’aide de ressources médiatiques archivées.
Entre-temps, l’effet multiplicateur de leur approche intégrée visant à promouvoir les DSSR au sein des communautés de Juba se poursuit. Comme le dit Hellen, une autre participante au projet :
Nous irons enseigner à ceux qui n’ont pas eu la chance de venir.
1Les payams sont la deuxième division administrative la plus basse, après les comtés, au Soudan du Sud.



