Lorsque le manque d’accès à des soins d’avortement sûrs menace d’arrêter les filles et les femmes dans leur élan, l’Association voix pour les femmes d’Afrique Centrale (VPFAC) s’efforce de maintenir ouverte la voie vers leur avenir, par le biais d’un plaidoyer au niveau communautaire et d’un soutien individuel.
La République centrafricaine a l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, en grande partie à cause des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses. Dans la Lobaye, cette situation est exacerbée par le manque d’infrastructures sanitaires appropriées, la stigmatisation sociale, la désinformation sur l’avortement sécurisé et la pénurie de prestataires de soins de santé qualifiés. Bien que certains cas soient autorisés, le cadre juridique reste restrictif, ce qui rend l’accès aux services plus difficile.
Éduquer les communautés pour sauver des vies
Grace (nom fictif), une fille de 17 ans vivant dans un village reculé de la préfecture de Lobaye, en République centrafricaine, a vu sa vie basculer lorsqu’elle est tombée enceinte à la suite de rapports sexuels non consentis. Effrayée et honteuse, elle a envisagé d’utiliser des méthodes dangereuses pour interrompre sa grossesse, comme d’autres filles qu’elle connaissait.

Un jour, elle a entendu parler d’une séance de sensibilisation aux droits en matière de santé sexuelle et reproductif organisée par la VPFAC dans son village. Elle y a assisté discrètement et a appris que des services d’avortement sécurisé étaient disponibles sous certaines conditions. Les agents de proximité du projet l’ont aidée en l’orientant de manière confidentielle vers un établissement de santé partenaire, où elle a reçu des soins appropriés et un soutien psychosocial.
Le projet « Bureau d’opportunité communautaire pour l’interruption volontaire de grossesse sécurisée dans la Lobaye » de VPFAC vise à réduire les avortements non-sécurisés et leurs conséquences mortelles en améliorant l’accès à des services sécurisés et en sensibilisant la communauté aux droits sexuels et reproductifs des femmes et des jeunes filles. L’approche intégrée du projet comprend les éléments suivants :
- formation des prestataires de soins de santé : essentielle pour la qualité et la sécurité des services
- approche communautaire participative : mobilisation des leaders pour réduire la stigmatisation
- plaidoyer politique et social : dialogue avec les décideur.euses pour améliorer les politiques
- mécanismes d’orientation discrets et sûrs : pour garantir un accès confidentiel
- soutien psychosocial : pour accompagner les femmes et éviter le traumatisme de la stigmatisation
Le projet se heurte à des résistances culturelles et religieuses, certaines communautés restant opposées à l’avortement. Malgré ce défi, la sensibilisation de 35 000 membres de la communauté, la formation de plus de 250 prestataires de soins de santé et la mise en place d’un réseau de soutien communautaire ont permis d’améliorer la disponibilité des services et d’alimenter un changement progressif des perceptions de la communauté.

Aujourd’hui, Grace est retournée à l’école et participe à l’éducation d’autres jeunes filles sur les dangers des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses et sur l’importance des services de santé reproductive. Son témoignage a encouragé d’autres personnes à demander de l’aide et a contribué à réduire la stigmatisation de l’avortement dans sa communauté. En offrant une solution sûre et un soutien attentif, le projet a non seulement sauvé la vie de la jeune fille, mais lui a aussi donné de l’espoir pour l’avenir.



