A large white car is parked outside of a health clinic.

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Violence, avortements non-sécurisés, décès évitables : Combien d’injustices faudra-t-il encore pour impulser la réforme au Malawi ?

Wina Sangala, conseillère stratégique d’AmplifyChange, est une experte en droits sexuels et reproductifs basée au Malawi. Elle a principalement travaillé sur l’élaboration et les réformes des politiques en matière de santé sexuelle et reproductive, sur le renforcement des systèmes de santé et sur la défense des droits. Elle partage ci-dessous ses réflexions sur l’importance d’améliorer la loi sur l’avortement pour renforcer la réponse aux violences sexuelles et basée sur le genre. Veuillez noter que cet article traite du viol et de la violence sexuelle.

En février 2024, le Daily Times du Malawi a publié un article sur la mort d’une jeune fille de 16 ans. Les détails rapportés étaient qu’elle avait été violée par un opérateur de Kabaza (moto-taxi). Elle est tombée enceinte. Elle ne voulait pas de cette grossesse. Après plusieurs tentatives d’accès à un avortement sécurisé pour mettre fin à cette grossesse forcée, elle s’est procuré un avortement à risque qui s’est tragiquement terminé par sa mort.

Je souhaite revenir sur cette tragédie, car plusieurs injustices sont en jeu, qui prévalent également dans d’autres pays et qui sont révélatrices d’un recul mondial alarmant de la santé et des droits sexuels et reproductifs des femmes.

La jeune fille de 16 ans a été violée. Le code pénal du Malawi répertorie le viol dans la catégorie des « infractions contre la moralité » (chapitre XV) et prévoit une sanction très claire : « Toute personne qui commet un délit de viol est passible de la peine de mort ou d’une peine d’emprisonnement à vie. » Bien que je n’approuve pas la peine de mort, il est très clair que l’acte de viol est reconnu comme un crime grave, du moins en théorie. Mais que se passe-t-il en pratique ?

Près de la moitié des grossesses dans le monde, y compris celles des adolescentes, ne sont pas désirées. Bien que les raisons soient complexes, il existe une forte corrélation entre la violence sexuelle et les grossesses non désirées.

A woman speaks to a room of women
L’équipe de MSI Malawi lors d’une session d’éducation/
William Steen (2018)

Au Malawi aussi, la violence à l’égard des femmes et des filles est une réalité vécue par de nombreuses personnes. La violence sexuelle ne fait pas exception. Une enquête nationale réalisée en 2013 indiquait déjà que la violence sexuelle, physique et émotionnelle à l’encontre des enfants était répandue au Malawi et que, pour de nombreuses filles, leur premier rapport sexuel n’était pas désiré. La violence à l’égard des femmes est exacerbée par des préjugés, des normes et des attitudes sexistes qui légitiment en quelque sorte la violence d’un point de vue social et culturel. La violence sexuelle est encore plus compliquée lorsque le fait d’être « homme » signifie domination et contrôle, tandis que le fait d’être « femme » implique que l’on soit soumis et que l’on ne dise pas non au sexe.

Une étude menée par l’Université Kamuzu des sciences de la santé du Malawi (KUHeS) a exploré les expériences des survivantes de viols d’enfants qui sont tombées enceintes à la suite de l’infraction. Les conclusions présentées au ministère de la santé en 2022 ont montré que les survivantes sont confrontées à la peur, à l’embarras, à la stigmatisation et au blâme. Le viol et les grossesses qui s’ensuivent anéantissent les rêves des filles et mettent brusquement fin à leur éducation, ce qui a des conséquences sur toute leur vie. Certaines filles deviennent suicidaires. Les rares personnes qui cherchent à obtenir justice sont victimes de moqueries de la part de la police et sont confrontées à de longs délais d’attente devant les tribunaux, tandis que les violeurs sont souvent libérés, au risque de commettre d’autres crimes.

De nombreuses pratiques et rites de passage perpétuent ces déséquilibres de pouvoir et ces inégalités entre les sexes. Malgré la loi interdisant le mariage avant 18 ans au Malawi et dans de nombreux autres pays, les mariages forcés d’enfants sont omniprésents. Et malgré les dispositions du code pénal, il semble y avoir une ambiguïté sur la signification et la gravité des violences sexuelles. Nous ne savons pas si l’opérateur de Kabaza a été traduit en justice pour le crime qu’il a commis, à savoir le viol d’une jeune femme, qui a conduit directement à sa mort par un avortement pratiqué dans des conditions dangereuses.

Comme dans de nombreux autres pays, les avortements ne sont légaux au Malawi que lorsqu’ils sont pratiqués pour sauver la vie d’une femme. Voici la deuxième injustice. Même si la loi autorise les femmes enceintes dont la vie est menacée à interrompre leur grossesse, elles se voient souvent refuser l’accès à un avortement sécurisé.

Les femmes et les jeunes filles qui tombent enceintes à la suite d’un viol et qui ont désespérément besoin d’aide sont refoulées des centres de santé, comme le montre ce cas – et souvent, les jeunes filles et les femmes traumatisées n’ont nulle part où aller. La grossesse est risquée, en particulier la grossesse d’un enfant, et les complications liées aux avortements pratiqués dans des conditions dangereuses contribuent de manière significative aux décès maternels. Si la jeune fille de 16 ans avait pu accéder à un avortement sécurisé, que de nombreux professionnels de la santé du Malawi peuvent légalement pratiquer, elle aurait survécu. La loi actuelle du Malawi sur l’avortement, vestige de l’époque coloniale, est ambiguë. En raison de cette ambiguïté, il est plus facile pour un agent de santé de refuser le service que de risquer une sanction pénale en pratiquant un avortement sécurisé pour sauver la vie d’une femme enceinte. Celles qui cherchent à obtenir un avortement salvateur, y compris les jeunes filles, se voient tragiquement dire que c’est contraire à la loi et sont refoulées.

Les restrictions légales n’empêchent pas les avortements de se produire. Au Malawi, en 2015, on estime à 141 044 le nombre d’avortements provoqués, ce qui correspond à un taux d’avortement de 38 pour 1 000 femmes (Polis et al., 2017). La plupart des avortements provoqués ne sont pas sécurisé et le traitement des complications est coûteux, ce qui ajoute une pression supplémentaire à un système de santé déjà en difficulté et manquant de ressources. Le tableau mondial est tout aussi sombre, puisqu’on estime que 39 000 femmes et filles meurent chaque année des conséquences d’avortements pratiqués dans des conditions dangereuses, et que plus de 9 millions sont confrontées à des complications, telles que des blessures à vie et des handicaps graves.

A large white car is parked outside of a health clinic.
Centre de sensibilisation à la contraception Malawi/Emily Newcombe (2016)

Combien d’injustices faudra-t-il encore pour que des réformes urgentes soient prises ?

Il est temps de faire preuve d’audace et de s’attaquer de front à ces injustices, afin de mettre un terme aux crimes traumatisants, dévastateurs et préjudiciables que sont les violences sexuelles et autres actes criminels perpétrés à l’encontre des femmes et des jeunes filles. Nous devons démêler les couches d’hypocrisie et de peur qui entourent l’avortement et donner aux femmes et aux jeunes filles le droit de défendre et de choisir ce qu’il advient de leur corps.

Le Malawi a besoin de clarifier la loi actuelle sur l’avortement afin qu’aucune femme ou jeune fille enceinte dont la vie est en danger ne soit refoulée d’un établissement de santé. Mais il est grand temps de réformer cette loi obsolète, à la fois pour l’aligner sur les droits de l’homme et les normes internationales, et sur les engagements régionaux que le Malawi a ratifiés pour permettre aux femmes et aux filles d’exercer pleinement leurs droits et libertés en matière de sexualité et de reproduction. Les individus, les coalitions, les organisations de la société civile, les médias et les parlementaires doivent poursuivre leurs efforts pour faire changer les choses.

Three people hold a sign that says 'Our Demand: Access to Safe and legal abortion now!

Le Malawi n’est pas le seul à être confronté à ces défis : dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et au-delà (y compris dans de nombreux États des États-Unis et dans certaines régions d’Europe comme la Pologne et la Malte), des lois restrictives limitent l’accès à des avortements sécurisés. La violence sexuelle et l’inégalité persistante entre les hommes et les femmes sont des problèmes auxquels pratiquement toutes les sociétés continuent de faire face. La communauté internationale ne doit pas laisser tomber et doit continuer à investir dans des initiatives visant à atteindre l’égalité du genre dans les pays où les droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductif sont restreints, ce qui est une condition préalable à l’avancement du développement et à la réduction de la pauvreté.

Ce blog a été republié avec l’aimable autorisation d’Action for Global Health and Options. Lire le blog original ici.

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